Projet d’acquisition par Thales des parts détenues par Alcatel-Lucent dans Alcatel Alénia Space

07/02/2007

Une délégation FEM composée par les membres du Comité d’Entreprise Européen (CEE) de Thales a été reçu le 5 février par la Direction Générale de la concurrence de la Commission Européenne. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de l’enquête approfondie menée par Commission suite au projet d’acquisition par Thales des parts détenues par Alcatel-Lucent dans Alcatel Alénia Space.

La Commission investigue pour savoir si cette concentration ne génèrera pas un risque de distorsion dans la concurrence car Thales détient une part majeure du marché mondial des « tubes spatiaux » (70%) via sa filiale Thales Electron Devices (TED).

Lors de leur intervention, les membres du CEE ont mis l’accent sur les risques industriels et sociaux liés à une cession totale ou partielle, par Thales, des activités « tubes ».

Pour une Europe de l’emploi, industrielle et souveraine.

Après une période de concentration, seuls deux fournisseurs, à ce jour, ont réussi à se maintenir dans le secteur des tubes spatiaux : un européen, TED, et un américain, L3Com.

Les autres fabricants de tubes ont jeté l’éponge du fait de coûts élevés en R&D, en outil industriel, du temps important nécessaire à la mise au point et à l’industrialisation et d’un retour sur investissement long et aléatoire dans une activité très cyclique.

L3Com a été maintenu par une volonté politique. Le gouvernement des Etats Unis n’a pas hésité à subventionner fortement cette entreprise pour ne pas dépendre uniquement d’un fournisseur européen.

En Europe, pour faire face à ce concurrent et rendre cette activité pérenne, Thales a regroupé les moyens et les compétences spécifiques nécessaires dans le domaine spatial avec une activité plus large de « tubes Hyperfréquences ».

Dans ce contexte, une modification de la situation actuelle pourrait être lourde de conséquences.

Ainsi, pour les membres du CEE, le partage à quels que niveaux que ce soit de cette organisation industrielle complètement imbriquée et solidaire mettra en péril cet outil industriel européen dont la performance se traduit par une place de leader mondial.

Dans la même logique, les membres du CEE estiment que, du fait du caractère erratique de l’activité spatiale et de l’intensité des investissements, un changement d’actionnaire pourrait avoir les mêmes effets négatifs surtout s’il s’agit d’un actionnaire financier ou boursier.

Enfin, les membres du CEE ont également indiqué leur ferme opposition à toutes solutions qui ne prendraient pas en compte l’avenir à long terme des emplois en Allemagne et en France. Toute réponse de la Commission européenne, basée sur le seul maintien d’un équilibre de « concurrence parfaite » n’incluant pas le développement de ce secteur industriel en Europe, aurait des effets dévastateurs sur l’emploi.

En n’approchant ce dossier que sous le seul angle de la concurrence, sans regarder la cohérence de la décision pour l’industrie européenne, il sera fort probable que l’Europe perdra ce savoir-faire industriel et fera tomber sa indépendance dans l’escarcelle des Etats-Unis.

Au-delà des aspects industriels et sociaux, ce dossier présente donc un enjeu politique de souveraineté européenne.

Les solutions à envisager doivent concilier l’intérêt des différentes sociétés européennes du domaine spatial et la consolidation des compétences communautaires. Pour le CEE de Thales, cela passe par des mesures visant à :

ü Préserver l’outil industriel,

ü Maintenir et développer l’emploi dans ce secteur stratégique,

ü Garantir les capacités et compétences européennes, gage de son indépendance.

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